Mort d’un Grand-duc d’Europe en Midi-Pyrénées (29 février 2004)

Photo: Gilles TAVERNIER

Ce titre pourrait paraître d’une grande banalité pour qui connaît les dangers que représentent les lignes électriques de moyenne tension : Deux oiseaux trouvés morts entre 1996 et 2000 dans l’Aveyron (LPO Aveyron), l’automobile : Un Grand-duc d’Europe adulte dans les Causses du Larzac (LPO Aveyron), les armes à feu : Un individu tiré au fusil (LPO Aveyron, 2000), les fils de fer barbelés : Un oiseau dans le Tarn (NATURE MIDI PYRENEES, août 2003), les clôtures électriques février 2004 dans l’Ariège (ONCFS M.BRU ; Mr Mme ARABAUD), autant de facteurs qui affectent les rapaces dans cette région et le Grand-duc d’Europe en particulier. Mais cette fois l’oiseau est mort de froid !

C’est dans le piémont ariégeois (environ 600 m d’altitude) que s’est déroulé le drame. L’aire est située dans une petite falaise calcaire, sous un surplomb.
La femelle couvait sur une petite vire masquée pour partie à la vue par les branches d’un chêne de petite taille (photo N°1) Cette aire est utilisée pour la reproduction depuis quatre ans par le même couple, d’après nos observations (près de 150 heures) et l’étude des vocalisations des oiseaux territoriaux.

Fin décembre – début janvier, deux passages sur site ont permis de constater que la femelle couvait. Comme à son habitude, le couple a été précoce et la naissance des jeunes devait se situer entre les 3 et 7 février. Le site est alors contrôlé chaque week-end. Le 25 janvier, la femelle « semble fatiguée » L’apport de proies par le mâle a t-il été perturbé par les précipitations abondantes et quasi continues depuis près de 3 semaines ?

Le dimanche 1 février, l’observation prolongée de la femelle dès 13h15, à une centaine de mètres, semble montrer que tout va pour le mieux. Toutefois, son sommeil semble particulièrement profond : le passage de promeneurs sur le chemin de randonnée tout proche ne lui fait même pas tourner la tête. D’habitude bien dressées, ses aigrettes sont portées presque horizontales. Le changement d’angle permet une observation de trois quart face : Ses yeux sont mi-clos et elle semble inerte. Une approche de l’aire par étapes révèle que la femelle est morte, couchée sur ses deux œufs. Un examen minutieux ne révèle aucun indice de blessure liée à un prédateur ou à un projectile. Pour en savoir plus, le cadavre est porté chez un vétérinaire (cette manipulation ne peut être effectuée sans la collaboration ou l’accord d’un agent assermenté, via une association).

L’autopsie et l’analyse de l’appareil digestif du hibou est réalisée le lendemain par le professeur Philippe GUERRE (ENV Toulouse) qui diagnostique que l’oiseau est mort de froid après avoir certainement consommé pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines des proies (des surmulots et des corvidés notamment ; L’analyse des pelotes de réjection collectées à l’aire est en cours) empoisonnées à l’alphachloralose. Le commémoratif indique: « l’alphachloralose est un composé de synthèse utilisé comme souricide, taupicide et corvicide (NDR : il est, ou était commercialisé sous les noms de Rakapout, Eradic-Taupe,Eradic-Corbeaux, Sovitaup, Occi Taupes, etc.). Il agit comme anesthésique, c’est à dire qu’il provoque l’endormissement des animaux qui soit meurent de froid, soit sont consommés par des prédateurs (cette molécule était autrefois utilisée pour l’anesthésie des carnivores domestiques). Le traitement des intoxications (carnivores) fait appel à une perfusion et un réchauffement de l’animal. La lutte contre l’hypothermie est essentielle. Dans le cas d’endormissement d’oiseaux, le risque de mortalité sera d’autant plus élevé que la température extérieure sera basse (même si l’animal a des réserves énergétiques importantes) et le réchauffement est donc essentiel ».

Ce produit a engourdi, voire anesthésié le hibou, et a provoqué ainsi sa mort par refroidissement durant les nuits froides de l’hiver.

L’utilisation de ce produit étant strictement réglementée, une enquête a été réalisée par le Service départemental de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage. Les instances municipales de la ville la plus proche confirment que des autorisations sont délivrées régulièrement pour lutter contre les micro mammifères. Ainsi d’autres Grand-ducs et toutes espèces se nourrissant de proies imprégnées de cette substance ont été victimes ou risquent de l’être.

Un nouveau contrôle du site le 7 février 2004 a permis de contacter un mâle (le même ?) sur le site. Sans doute s’était-il alimenté de proies différentes de celles dont il approvisionnait sa femelle ? (Donazar, 1988).

Le 22 février, l’aire est toujours vide et la fouille du site en crête permet la découverte de plusieurs pelotes fraîches indiquant la présence d’au moins un individu sur le site. L’analyse de ces pelotes ne confirmera pas la présence d’alphachloralose.

Le 7 mars, l’aire est à nouveau occupée par une femelle qui couve trois œufs (contrôle effectué le 8 mars en présence du SD 09 (ONCFS)

Finalement deux jeunes naîtrons et s’envoleront de ce site en 2004.

BIBLIOGRAPHIE :

- Donazar J.A. (1988).- Variaciones en la alimentacion entre adultos reproductores y pollos en el Buho real (Bubo bubo). Ardeola, 35 (2) : 278-284.

Remerciements : Jean-Marc CUGNASSE (Délégation régionale de l’ONCFS), les agents du SD 09 (ONCFS), Gérard GROLLEAU (UFCS), Philippe GUERRE (ENV Toulouse),Délégation LPO de l’Aveyron.

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