En ARIEGE, en 2010, l’alphachloralose* frappe encore ! (7 mai 2010)

Historique :

En février 2004, Près de la commune de LAVELANET, une femelle était morte de froid intoxiquée par des proies imprégnées de cette anticoagulant logiquement interdit à la vente. Toutefois cette année là un « miracle » avait eu lieu puisque le nid vidé et nettoyé avait accueillit 3 semaines plus tard une nouvelle femelle dont les deux œufs avaient finis par engendrer deux jeunes Hiboux Grands-ducs à l’envol.

Cette année encore ce poison a frappé sur un site proche de SAINT GIRONS. Le site A26 découvert et suivi depuis mars 2003.

Environnement :

Proche de la rivière SALAT, entouré de bois, de prairies à vaches et de plaines cultivées, A26 est régulièrement occupé par l’espèce. Depuis l’année de découverte la reproduction a plutôt été sporadique, le site à donné un jeune à l’envol en 2003, deux en 2004, deux années d’échecs inexpliqués en 2008 et 2009.

Année 2010 :

Avec confiance, nous savourons déjà l’année 2010. Depuis début mars la femelle est posée sur l’aire et vers le 15 avril deux petits naissent, tout va bien. Contrôlé sept fois entre le 6 mars et le 7 mai les jeunes grossissent normalement. Cependant visité le 1 mai, un seul jeune est visible. La femelle par ailleurs comme celle du site en 2004 semble « fatiguée » , presque « frigorifiée »

Le 7 mai Grégory ORTET, se rend une nouvelle fois sur site pour voir si tout va bien pour les petits. Hélas après quelques minutes un doute l’envahit : La femelle est morte et le petit survivant a disparu !

Gregory se rend sous l’aire, rien ne bouge !

Nous prévenons le chef de brigade de l’ONCFS Ariège afin de pouvoir récupérer l’oiseau et faire procéder à une autopsie.

Samedi 8 mai, Grégory ORTET, Thomas BUZZI et moi-même arrivons sur site vers 8h15. Rien n’a bougé toujours aucun contact avec le ou les petits. Nous décidons d’aller vider l’aire afin de récupérer la femelle et laisser place à un nid qui pourra à nouveau être occupé. Sous la femelle morte depuis quelques jours et couchée sur le côté droit, nous découvrons un jeune mort âgé de 3 semaines. La récupération du matériel (pelotes de réjection) nous donne quelques pistes (présence de grains de maïs).

Par ailleurs aucune proie fraîche n’est trouvée sur le nid. Le mâle est peut être mort pour la même cause lui aussi.

Epilogue :

Très rapidement avec l’accord des gardes de l’ONCFS de l’Ariège, les deux oiseaux sont transmis à Lydia VILAGINES docteur vétérinaire à TARASCON/ARIEGE qui détecte une tuberculose aviaire d’expression rapide. Une analyse toxicologique réalisée par le Professeur BERNY à l’école vétérinaire de LYON montre la présence de chloralose biocide utilisé comme rodenticide, corvicide, taupicide. L’analyse indique je cite, « que les teneurs sont en quantité insuffisantes pour provoquer la mort de l’oiseau mais suffisantes pour être responsables de manifestations cliniques telle l’assoupissement et l’hypothermie qui ont pu favoriser le développement de la maladie » En bref le résultat est similaire à celui de la femelle de février 2004.

Conclusion :

La perte d’une femelle et d’au moins un de ses jeunes indique que le produit impliqué (chloralose) est toujours utilisé dans les campagnes Ariégeoises. Combien de victimes parmi les espèces protégées ? Que peut-on faire ?

Le point positif c’est que la règlementation sur l’utilisation de ces produits évolue : Conformément à la décision de la commission européenne 2007/442/CE du 21 juin 2007 et à un avis du ministère de l’agriculture et de la pêche paru au journal officiel le 31 octobre 2007, la distribution de la chloralose est interdite depuis le 1er juillet 2010 tandis que son utilisation sera prohibée à partir du 1 janvier 2011. Jusqu’à cette date, l’utilisation de cette substance est réservée « aux utilisateurs professionnels munis d’un équipement de protection appropriée ».

Remerciements :

Grâce au suivi réalisé sur ce site par Grégory ORTET, nous avons pu intervenir rapidement pour récupérer l’oiseau (et son jeune)

Un grand merci au travail réalisé par Lydia VILAGINES pour l’analyse et l’envoi sur LYON pour l’expertise.

Enfin vifs remerciements à l’équipe des agents de l’office national de la chasse et de la faune sauvage de l’Ariège (ONCFS) sans laquelle nous n’aurions pas pu réaliser cette opération.

Gilles TAVERNIER


*l’alphachloralose est un composé de synthèse utilisé comme souricide, taupicide et corvicide (NDR : il est, ou était commercialisé sous les noms de Rakapout, Eradic-Taupe,Eradic-Corbeaux, Sovitaup, Occi Taupes, etc.) Il agit comme anesthésique, c’est à dire qu’il provoque l’endormissement des animaux qui soit meurent de froid, soit sont consommés par des prédateurs (cette molécule était autrefois utilisée pour l’anesthésie des carnivores domestiques). Le traitement des intoxications (carnivores) fait appel à une perfusion et un réchauffement de l’animal. La lutte contre l’hypothermie est essentielle. Dans le cas d’endormissement d’oiseaux, le risque de mortalité sera d’autant plus élevé que la température extérieure sera basse (même si l’animal a des réserves énergétiques importantes) et le réchauffement est donc essentiel ».

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