Triste nouvelle chez les grands ducs!!! (8 avril 2007)

Jeune Hibou Grand-duc mort au milieu des proies (petite boule blanche)


Nous suivons depuis près de 9 ans les Grands Ducs d’une zone étendue entre la Haute-Garonne, le Tarn et l’Ariège. Sur une superficie d’environ 7000 km² A l’heure actuelle 63 sites sont connus et suivis durant toute l’année dans le détail (occupation, reproduction).

Parmi ces sites nous avons quelques favoris dont celui qui fait l’objet de cette petite note.

Le site en question est étonnant de par sa localisation et sa petite taille. Il accueille un couple depuis 6 ans (sans pouvoir confirmer s’il s’agisse toujours des mêmes individus) et a donné naissance à 10 jeunes sans qu’il y ait reproduction chaque année.

Premier danger repéré une cinquantaine de mètres devant la falaise, la présence d’une ligne moyenne tension très dangereuse. Mais tout est rentré dans l’ordre depuis 2005 EDF en accord avec la convention signée avec Nature Midi Pyrénées a protégé cette ligne à notre grand soulagement.

Les bonnes nouvelles s’accompagnant souvent de mauvaises, le jour où nous découvrons que la ligne est enfin devenue inoffensive, nous découvrons aussi avec stupeur que le bois et le taillis épais qui protégeaient le site par le bas ont été nettoyés et déboisés. Nous avons alors les plus grandes craintes pour l’avenir de ce site, l’accès à l’aire étant alors devenu très aisé pour l’homme et les animaux.

Malgré tout, en ce mois de mars 2005, un couple occupe toujours le site et la femelle est observée à maintes reprises en train de couver jusqu’à l’éclosion. Un nouveau passage de vérification ne donne cependant aucun résultat : plus de femelle ni à l’aire ni aux alentours et surtout pas de jeunes alors que l’éclosion aurait avoir lieu. N’enfreignant que dans des cas exceptionnels la règle qui est de ne pas déranger les oiseaux et les sites à des périodes cruciales, nous allons à l’aire que nous trouvons désespérément vide. Seules des pelotes et des restes de proies jonchent le nid. Nous pensons de suite à un dérangement humain voire à un désairage. Des traces ressemblant à des traces de pas humains sont trouvées autour du site. Dans les semaines suivantes, des écoutes destinées à repérer d’éventuels jeunes sont cependant réalisées sans aucun résultat. On peut imaginer que, la femelle étant capable de déplacer ses œufs ou ses jeunes non volants en cas de problème, elle a pu éventuellement s’installer ailleurs avec sa petite famille.

Pour la saison 2006 rien de particulier si ce n’est un seul jeune à l’envol.

La saison de reproduction 2007 toujours en cours commence bizarrement en hiver avec des écoutes ne donnant qu’une femelle chanteuse. Le mâle n’est pas contacté.

Cependant comme cet oiseau sait si bien le faire, il nous surprend encore une fois lorsque nous découvrons la femelle en train de couver le 18 février. Nous croisons alors les doigts pur que tout se passe bien jusqu’au bout !

Après plusieurs passages de surveillance, nous repassons sur le site afin de contrôler la fin de la couvaison. En effet, un jeune de quelques jours seulement est bien là, mais étrangement seul, à notre grand étonnement ! Les femelles quittent rarement des petits si jeunes. Elles sont là pour les protéger des prédateurs, des conditions météorologiques, les nourrir…Les jeunes se retrouvent habituellement seuls à l’aire mais sous la surveillance proche de la femelle lorsqu’ils ont environ 4 semaines.

Malgré la recherche d’un adulte à la lunette, nous n’avons aucun contact…

Notre sagesse nous pousse à ne pas aller voir de plus près, gardant l’espoir que la capacité de cet oiseau de 60 à 70 cm de haut à se montrer invisible nous trompe encore une fois et que la femelle est bien là, toute proche de ses petits.

Un des premiers sites que nous visitons la semaine suivante est bien entendu celui là.

La lunette ne peut que nous montrer ce que nous redoutions le plus : pas de femelle à l’aire mais un amoncellement de pelages de couleurs différentes. Pas d’oiseaux par ailleurs. Ce coup-ci, plus d’hésitation, nous montons !

Le spectacle que nous découvrons à l’aire est des plus attristants : deux jeunes encore en duvet blanc sont tombés de l’aire et morts en contrebas. Le plus petit s’est éteint dans l’aire sans avoir eu la force de bouger.

Mort, oui, mais…entouré et presque recouvert de proies que le mâle a consciencieusement déposé nuit après nuit durant cette semaine où les jeunes sont restés désespérément seuls sans leur mère. Le poussin blanc qui avait quelques jours est accompagné de sept lapins et lapereaux, un levreau, trois rats surmulot et un micromammifère.

Trois jeunes étaient donc nés ici cette année.

Le fait est connu mais nous avons malheureusement pu le vérifier par nous-mêmes : le mâle ne sait pas dépecer les proies pour distribuer de petits morceaux aux poussins. Son travail est d’apporter les proies à l’aire où la femelle s’occupe alors de la distribution.

La disparition de la femelle quand les jeunes ont moins de quatre semaines conduit irrémédiablement à la mort des poussins faute d’avoir pu se nourrir.

Dans notre cas, les jeunes avaient environ une semaine d’âge. La femelle a disparu dans des conditions que nous ignorons, mais certainement à l’occasion du petit vol habituellement effectué à la tombée de la nuit pour se dégourdir un peu les ailes. Une fouille des alentours ne nous a pas permis de la retrouver ?

Ainsi quatre Grands Ducs ont disparu d’un seul coup.

Nous avons nettoyé l’aire de tout son contenu, de manière à ce que le mâle arrête ses apports de proies. Nous avons pu vérifier la semaine suivante qu’aucune proie n’avait été déposée dans l’aire.

Le site est prêt à accueillir une nouvelle saison de reproduction que nous espérons plus heureuse. Dur dur la vie des jeunes hiboux !


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